Le Musée caché 2023

Expo photo en plein air

Le Musée caché 2023

Expo photo en plein air

En 2022, trois classes des écoles primaires de Nogent-sur-Seine ont participé à un ambitieux projet artistique avec l’Association Nature du Nogentais et le photographe Philippe Brame.​

La nature était le thème commun aux œuvres et objets archéologiques « cachés » dans les réserves sélectionnés par les élèves. Lors de séances au musée et en plein air, ils ont pu observer, comprendre, écrire et photographier la nature, réelle ou représentée. ​

Informations pratiques

Lieu :

Parc de l'ancien musée Dubois Boucher

Horaires & Tarifs :

Accès libre

La sculpture dans la sphère privée


Dans les intérieurs bourgeois


Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la bourgeoisie s’est passionnée pour la sculpture décorative. Des catalogues proposaient des modèles variés et même des décors de pièces complets, inspirés des hôtels particuliers de la très haute société. Le goût était alors à la profusion ornementale : cheminées et buffets y étaient couverts de sujets sculptés.


L’invention de la machine Collas qui permet de réduire ou agrandir les modèles, le développement de la fonte au sable qui offre un gain de temps et d’argent et l’apparition de contrats entre artistes et maisons d’édition ont fait entrer la sculpture dans l’ère industrielle. Désormais reproduites en série, les sculptures pouvaient être commandées en différentes tailles et matières (bronze, biscuit de porcelaine, plâtre, carton-pierre…) et étaient accessibles à toutes les bourses. Les sculptures d’édition sont soit des réductions d’œuvres à succès, soit des modèles conçus spécialement pour l’édition.

Salle 8
Salle 8 © Marco Illuminati
Salle 8
Salle 8 © Marco Illuminati
Salle 8
Salle 8 © Marco Illuminati

 

  • PAUL DUBOIS (1829-1905), La Charité, 1876, chef-modèle en bronze pour l’édition aux trois cinquièmes de l’original (réduction nº1), 1877, d’après l’une des quatre figures d’angle du cénotaphe du général de Lamoricière érigé dans la cathédrale de Nantes, Fonte F. Barbedienne, réduction mécanique A. Collas, dépôt du musée d’Orsay, Paris, don de François de Castel
  • AUGUSTE CLÉSINGER (1814-1883), Ariane étendue sur le dos d’un tigre, bronze d’édition, réduction nº1, fonte F. Barbedienne, réduction mécanique A. Collas, dépôt du musée des Arts décoratifs, Paris, don du comte Maurice Delamarre de Monchaux, 1930
  • AUGUSTE CLÉSINGER (1814-1883), Le Triomphe d’Ariane, bronze d’édition, socle en marbre réduction nº5, fonte F. Barbedienne, réduction mécanique A. Collas, achat avec la participation du Fonds régional d’acquisition pour les musées Champagne-Ardenne, 2005
  • ALEXANDRE FALGUIÈRE (1831-1900), Diane chasseresse, 1884, bronze d’édition, réduction nº1, socle en marbre, fonte Thiébaut frères, 1885, achat en 2005
  • AUGUSTE CLÉSINGER (1814-1883), Cléopâtre mourant, 1861, bronze d’édition, réduction nº3, fonte F. Barbedienne, réduction mécanique A. Collas, 1861, achat en 2005
  • AUGUSTE CLÉSINGER (1814-1883), Hélène de Troie, 1864, bronze d’édition, réduction nº2, fonte F. Barbedienne, réduction mécanique A.Collas, 1867
  • AUGUSTE RODIN (1840-1917), Suzon, d’après un modèle de 1875, bronze d’édition, dorure par galvanoplastie, fonte Compagnie des Bronzes à Bruxelles, achat en 2008
  • PAUL DUBOIS (1829-1905), Chanteur florentin du XVe siècle, d’après un modèle de 1865, édition en biscuit de porcelaine dure, Manufacture nationale de Sèvres, 2e grandeur, 1914, dépôt de la Cité de la Céramique, Sèvres.
  • ALBERT-ERNEST CARRIER-BELLEUSE (1824-1887), La Danse, vers 1880, bronze doré, don de Jean-Eudes Maccagnot en 2019
  • ALFRED BOUCHER (1850-1934), Le Baiser, d’après un modèle vers 1880, édition en marbre blanc, 1900, achat avec la participation du Fonds régional d’acquisition pour les musées Champagne-Ardenne, 2000.
  • ALFRED BOUCHER (1850-1934), Amour déçu, d’après un modèle de 1898, Édition en biscuit de porcelaine dure, Manufacture nationale de Sèvres, 1904, achat avec la participation du Fonds régional d’acquisition pour les musées Champagne-Ardenne en 2000
  • GEORGES GARDET (1863-1939), Souris à l’escargot, d’après un modèle de 1897, édition en biscuit de porcelaine dure, Manufacture nationale de Sèvres, 1902, dépôt de la Cité de la céramique, Sèvres.
  • GEORGES GARDET (1863-1939), Chat et Cocotte, édition en biscuit de porcelaine dure, Manufacture de Sèvres, 1915, dépôt de la Cité de la céramique, Sèvres
  • MAX BLONDAT (1879-1926), Enfants aux grenouilles, d’après un modèle de 1904, biscuit de porcelaine dure, édition en réduction d’après la fontaine Jeunesse érigée à Dijon (Côte d’Or), à Mareil-sur-Mauldre (Yvelines) et dans six villes de pays étrangers, Manufacture nationale de Sèvres, 1914, dépôt de la Cité de la céramique, Sèvres
  • JOSEPH CHÉRET (1838-1894), Coupe, 1893-1894, terre cuite, dépôt du musée des Arts décoratifs, Paris, don d’Eugène Soleau, 1920
  • JOSEPH CHÉRET (1838-1894), Les Enfants et les grenouilles, vers 1892, bronze d’édition, fonte E. Soleau, vers 1892, dépôt du musée des Arts décoratifs, Paris
  • EMMANUEL FREMIET (1824-1910), Ânon, 1860-1880, chef-modèle en bronze, édition Fremiet, dépôt du musée des Beaux-Arts de Dijon, Legs de la famille Fauré-Fremiet en1955
  • EMMANUEL FREMIET (1824-1910), Chien Loulou couché, 1860-1880, chef-modèle en bronze, édition Fremiet, dépôt du musée des Beaux-Arts de Dijon, legs de la famille Fauré-Fremiet, en1955
  • LOUIS-ERNEST BARRIAS (1841-1905), Jeune fille de Bou-Saada, d’après un modèle de 1890, édition en bronze, marbre, nacre et turquoise, d’après la figure réalisée pour la tombe du peintre orientaliste Gustave Guillaumet au cimetière de Montmartre à Paris, Fonte Susse frères, 1910, dépôt du musée des Arts décoratifs, Paris, legs docteur Baillif, 1916
  • FERNAND DAVID (1872-1927), Emile Decœur, vers 1900-1905, grès émaillé, dépôt du musée des Arts décoratifs, Paris, don de Fernand David en 1927
  • LOUIS J. CONVERS (1860-1919), Luxuriosa, 1900, marbre, onyx, agate et bronze, dépôt du musée des Arts décoratifs, Paris, don de madame Schelcher, 1956
  • RAOUL LARCHE (1860-1912), Jésus devant les Docteurs ou L’Inspiré, d’après un modèle en pied datant de 1890, bronze d’édition pied, fonte Siot-Decauville, 1901, don de Siot-Decauville, 1902
  • ALFRED BOUCHER (1850-1934), Le Repos, d’après un modèle de 1892, bronze d’édition en réduction, dorure par galvanoplastie, fonte Siot-Decauville, après 1900, achat avec la participation du Fonds régional d’acquisition pour les musées Champagne-Ardenne, 2001
  • ALFRED BOUCHER (1850-1934), Le Repos, d’après un modèle de 1892, biscuit de porcelaine dure, édition en réduction, grandeur inférieure, Manufacture nationale de Sèvres, 1915, dépôt de la Cité de la céramique, Sèvres
  • ALFRED BOUCHER (1850-1934), Le Rêve, d’après un modèle vers 1897, marbre, 1912, variante de Volubilis, achat avec la participation du Fonds régional d’acquisition pour les musées Champagne-Ardenne, 1995
  • ALFRED BOUCHER (1850-1934), Volubilis ou Le Printemps, d’après un modèle vers 1897, grès, Manufacture Émile Muller, avant fin 1899, Achat avec la participation du Fonds régional d’acquisition pour les musées Champagne-Ardenne, 2004. ALFRED BOUCHER (1850-1934), Volubilis, d’après un modèle vers 1897, bronze d’édition, fonte F. Barbedienne, achat avec la participation du Fonds régional d’acquisition pour les musées Champagne-Ardenne, 2002. PAUL DUBOIS (1829-1905), Cheminée ornée d’un médaillon représentant la Charité, vers 1878, maquette en plâtre et cire, dépôt du musée d’Orsay, Paris, don de madame Schlumberger, 1982
  • EMMANUEL FREMIET (1824-1910), Char de Minerve, 1896, élément du surtout de table commandé à la Manufacture nationale de Sèvres pour l’Exposition universelle de 1900 et conservé au palais de l’Élysée, édition en biscuit de porcelaine dure, Manufacture nationale de Sèvres, 1900, dépôt de la Cité de la céramique, Sèvres
  • EMMANUEL FREMIET (1824-1910), Char de Diane, 1897, élément du surtout de table commandé à la Manufacture nationale de Sèvres pour l’Exposition universelle de 1900 et conservé au palais de l’Élysée, édition en biscuit de porcelaine dure, Manufacture nationale de Sèvres, 1900, dépôt de la Cité de la céramique, Sèvres
  • EMMANUEL FREMIET (1824-1910), Char de Diane, 1897, élément du surtout de table commandé à la Manufacture nationale de Sèvres pour l’Exposition universelle de 1900 et conservé au palais de l’Élysée, chef-modèle en bronze présenté en pièces détachées, fonte F. Barbedienne, 1903, dépôt du musée des Beaux-Arts de Dijon, legs de la famille Fauré-Fremiet, 1955
  • JULES DALOU (1838-1902), La Ronde des enfants, 1899, édition en grès émaillé, Manufacture nationale de Sèvres, dépôt de la Cité de la céramique, Sèvres
  • ALFRED BOUCHER (1850-1934), François-Joseph Audiffred, 1894, marbre, don d’Alfred Boucher en 1903
  • LÉOPOLD BERNSTAMM (1859-1939), Portrait de femme, 1905, marbre, achat, 2003
  • LUCIENNE GILLET (1883-1962), Célina, 1902, plâtre, don du baron Alphonse de Rothschild, 1902
  • HENRI BOUILLON (1864-1934), Jules Baric, 1890, plâtre, don d’Henri Bouillon, avant 1913

Représentations du travail


Le thème du travail a passionné le XIXe siècle. Il a d’abord été développé avec beaucoup de succès en peinture au point que les « paysanneries » sont devenues un genre artistique.


Des sculpteurs ont participé à ce mouvement et ont offert une vision pittoresque et idyllique de la campagne dans la sculpture de Salon et d’édition. La valorisation du travailleur agricole a été encouragée par l’État, en particulier sous la IIIe République qui souhaitait améliorer les conditions de santé et d’hygiène dans les campagnes. Ainsi, les paysans représentés sont des hommes sains et robustes.

Dans le dernier quart du XIXe siècle, la représentation du travail s’est intensifiée en sculpture et s’est élargie à une plus grande diversité de métiers, symbolisés par leurs outils : forgerons, terrassiers, ouvriers, mineurs ont rejoint les paysans. Malgré un vocabulaire réaliste, certains sculpteurs n’hésitaient pas à employer le nu, en référence à l’Antiquité, pour sublimer le corps des travailleurs.

Salle 7
Salle 7 © Abril M. Barruecos
Salle 7
Salle 7 © Marco Illuminati
Salle 7
Salle 7 © Marco Illuminati
Salle 7
Salle 7 © Marco Illuminati

 

Œuvres exposées dans cette salle    

  • ALFRED BOUCHER (1850-1934), La Faneuse ou Aux champs, avant 1897, modèle en plâtre avec croix de mise aux points, don d’Alfred Boucher, avant 1903. ERNEST NIVET (1871-1948), Paysanne reprisant, bronze, dépôt du musée des Arts décoratifs, Paris
  • ALFRED BOUCHER (1850-1934), La Bourrasque, 1880-1890, bronze d’édition en une grandeur, fonte Siot-Decauville, achat avec la participation du Fonds régional d’acquisition pour les musées Champagne-Ardenne en 1998
  • ALFRED BOUCHER (1850-1934), Le Bûcheron, 1906, bronze d’édition, fonte Siot-Decauville, achat avec la participation du Fonds régional d’acquisition pour les musées Champagne-Ardenne en 2004
  • ALFRED BOUCHER (1850-1934), À la Terre, vers 1891, plâtre patiné, réplique du marbre exposé au Salon de 1891, dépôt de la Ville de Sainte-Savine
  • ALFRED BOUCHER (1850-1934), À la Terre, vers 1891, bronze d’édition, réduction aux trois onzièmes d’après le marbre exposé au Salon de 1891, fonte F. Barbedienne, achat avec la participation du Fonds régional d’acquisition pour les musées ChampagneArdenne en 1993
  • ALFRED BOUCHER (1850-1934), Le Forgeron, vers 1881, plâtre, don d’Alfred Boucher, avant 1903
  • ÉMILE LAPORTE (1858-1907), Le Terrassier, plâtre, don d’Alfred Boucher en 1907
  • ALFRED BOUCHER (1850-1934), Monument à Eugène Flachat, 1897, modèles en plâtre des quatre bas-reliefs de la base du monument érigé à Paris XVIIe en hommage à Eugène Flachat (1802-1873), industriel des chemins de fer, président de la Société des ingénieurs civils. L’iconographie se réfère à l’ouvrage publié par Eugène Flachat en 1858 sous le titre Les Charbonnages, la Batellerie et les Chemins de fer, à la fondation de L’Union des constructeurs en 1841 et à la Conférence des chemins de fer dont Flachat fut président en 1841
    • La Conférence, don d’Alfred Boucher, 1905
    • La Terre, don d’Alfred Boucher, 1905
    • Le Travail, don d’Alfred Boucher, avant 1903
    • Le Batelier, don d’Alfred Boucher, avant 1903
  • ÉMILE ARTUS BOESWILLWALD (1873-1935), Le Jardinier Louis Gabut, 1906, huile sur toile, legs d’Hippolyte Fournier, 1909

Allégories, mythologies


L'évolution du traitement des thèmes mythologiques

Dans l’enseignement artistique, l’étude de la mythologie grecque et latine était incontournable et les sculpteurs en restaient empreints tout au long de leur carrière. L’omniprésence de la mythologie n’empêchait pas les artistes de faire preuve d’imagination et de liberté dans le traitement de leurs sujets. On observe ainsi dans cette salle plusieurs sensibilités. Pour le marbre d’Hébé, Jules Franceschi a puisé son inspiration dans l’art néoclassique tandis qu’Emmanuel Hannaux se situe dans le courant néo-baroque, traitant avec fougue le mythe d’Orphée dans Le Poète et la Sirène. À la fin du XIXe siècle, les symbolistes se sont eux aussi emparés du mythe d’Orphée, comme Emile Laporte avec Le Rêve.

D’autres artistes, enfin, ont intégré la mythologie dans leur art de manière très personnelle et originale. Auguste Rodin et Gustave Doré ont ainsi représenté une face bestiale, animale et érotique de la mythologie, rarement abordée dans les œuvres plus officielles

Salle 6
Salle 6 © Marco Illuminati

 

Œuvres exposées dans cette salle   

  • GUSTAVE DORÉ (1832-1883), Nymphe dénichant des faunes, 1879-1880, plâtre, dépôt du musée d’Orsay, Paris
  • ALFRED BOUCHER (1850-1934), Jason, 1876, édition en réduction du plâtre élaboré pour le concours du prix de Rome de l’École nationale des beaux-arts en 1876, qui valut à Alfred Boucher un second prix, bronze, fonte Gervais, 1re grandeur, achat en 2008
  • JULES FRANCESCHI (1825-1893), Hébé, vers 1869, marbre, achat en 2006
  • AUGUSTE RODIN (1840-1917), Faune et Nymphe, vers 1885, plâtre, dépôt du musée des Arts décoratifs, Paris, don d’Henri Vever en1905
  • ÉMILE LAPORTE (1858-1907), Le Rêve, 1893, plâtre, don d’Alfred Boucher en 1907
  • EMMANUEL HANNAUX (1855-1934), Le Poète et la Sirène, 1903, plâtre, don de l’artiste en 1905-1906

Camille Claudel


Après être tombée dans l’oubli, Camille Claudel est aujourd’hui reconnue pour avoir été un des grands artistes de son temps.


Née dans l’Aisne en 1864, au sein d’une famille de la petite bourgeoisie, elle commence très jeune et en autodidacte à modeler la terre. C’est à Nogent-sur-Seine qu’elle est repérée par le sculpteur Alfred Boucher, qui devient son premier professeur. Parti pour l’Italie, ce dernier la confie à un ami, Auguste Rodin. Rapidement, la jeune fille entre dans l’atelier du maître puis, pendant une dizaine d’années, les deux sculpteurs partagent leur vie et leur atelier, échangeant idées, modèles et influences. Camille Claudel affirme alors sa singularité stylistique, multiplie les œuvres virtuoses et voit grandir sa renommée.

Après leur séparation, blessée par la comparaison continuelle de son travail avec les œuvres de Rodin, elle manifeste son indépendance d’artiste en renouvelant totalement son inspiration. En pleine maîtrise de son art, Camille Claudel voit cependant sa créativité tarie par des délires de persécution. Elle se barricade, détruit ses œuvres et finit par être internée à la demande de sa famille, et ce jusqu’à la fin de sa vie en 1943.

 

Accéder à la biographie de Camille Claudel

Alfred Boucher

Alfred Boucher est né en 1850 dans le village de Bouy-sur-Orvin, à une dizaine de kilomètres de Nogent-sur-Seine. Sa famille s’installe dans cette dernière ville en 1859, lorsque Jules Boucher devient jardinier chez le sculpteur Marius Ramus. Le jeune garçon découvre la sculpture très tôt et manifeste des dispositions encouragées par son aîné. Celui-ci l’associe à l’élaboration du décor du théâtre de Nogent-sur-Seine : le jeune Boucher réalise un Pêcheur d’écrevisses (salle du foyer, œuvre disparue) et une partie des mascarons ornant la façade. Ramus présente son élève à un autre sculpteur nogentais, Paul Dubois, qui l’aide à obtenir une bourse pour entrer à l’Ecole des Beaux-Arts, à la fin de l’année 1871. Élève d’Augustin Dumont et de Paul Dubois, il concourt au prix de Rome de 1875 à 1879, obtenant au mieux le second grand prix (Jason enlevant la toison d’or, 1876). Il effectue cependant un long séjour d’étude à Rome, grâce au soutien financier de Paul Dubois (1877-1878). Pendant sa scolarité, il rencontre la jeune Camille Claudel à Nogent-sur-Seine et il devient son premier professeur.

La maison natale d’Alfred Boucher à Bouy-sur-Orvin
La maison natale d’Alfred Boucher à Bouy-sur-Orvin © D.R.
La façade du théâtre de Nogent-sur-Seine
La façade du théâtre de Nogent-sur-Seine © Didier Guy

Alfred Boucher expose au Salon des Artistes Français dès 1874 et ses œuvres sont régulièrement acquises par l’Etat. Les succès s’enchaînent et lui permettent de construire sa notoriété : Eve après la faute (médaille de 2ᵉ classe, 1878), Vénus Astarté (classement hors concours, 1880), La Piété filiale (prix du Salon, 1881). Ce dernier groupe représente un épisode de l'histoire romaine où le vieillard Cimon, emprisonné et condamné à mourir de faim, est sauvé par sa fille qui le nourrit au sein. L'État commande un bronze du groupe à l'artiste, qui constitue sa première commande publique et son premier bronze monumental. Grâce à l'intervention de Jean Casimir-Périer, alors député de la circonscription, la sculpture est attribuée à la ville de Nogent-sur-Seine et installée entre les deux ponts de la Seine en 1886. Le Prix du Salon permet également au sculpteur d’obtenir une bourse qui finance un nouveau séjour en Italie, à Florence, de 1882 à 1884.

De retour en France, Alfred Boucher conçoit l’une de ses œuvres les plus modernes, Au But, un groupe spectaculaire par l’élan que l’artiste parvient à lui imprimer (1886). Quelques années plus tard, il poursuit son travail sur le nu masculin saisi dans l’effort avec la figure colossale de A la Terre (1890), dont la pose est directement inspirée de la sculpture antique, mais modernisée par sa mise en scène comme pelleteur. Ces deux œuvres sont acquises par l’Etat pour le jardin du Luxembourg (bronze d’Au But, disparu) et le palais Galliera à Paris (marbre d’A la Terre). Mais ce sont davantage encore les nus féminins qui lui apportent le succès. Sensuels et élégants, les marbres associent des corps idéalisés à un léger naturalisme qui les anime. Souvent, des parties laissées brutes ou les plis des drapés mettent en valeur les carnations soigneusement polies. Les grands marbres du Salon sont acquis par l’Etat : Le Repos (1892) et Volubilis (1897) pour le musée du Luxembourg, La Pensée (1907) déposée au musée du Petit Palais à Paris. Pour la clientèle privée, d’innombrables réductions de ces œuvres sont ensuite éditées dans différentes dimensions, en marbre, en bronze et en grès.

La Piété filiale à Nogent-sur-Seine
La Piété filiale à Nogent-sur-Seine © Musée Camille Claudel
L’atelier d’Alfred Boucher à Florence, 1883
L’atelier d’Alfred Boucher à Florence, 1883 © D.R.
Au But au jardin du Luxembourg
Au But au jardin du Luxembourg © D.R.
La Pensée, réduction en marbre dédicacée à Victor Champier
La Pensée, réduction en marbre dédicacée à Victor Champier © Yves Bourel

La carrière très officielle de l’artiste lui permet aussi d’obtenir de nombreuses commandes publiques : Monument aux Enfants de l’Aube (Troyes, 1888), Monument à Eugène Flachat (Paris, 1897), L’Inspiration pour la façade du Grand Palais (1900), Monument à Auguste Burdeau (Lyon, 1903), Monument au docteur Ollier (Lyon et Les Vans, 1904)... Des particuliers lui commandent des monuments funéraires, dont les plus remarquables sont les allégories de la tombe de Ferdinand Barbedienne (cimetière du Père Lachaise, 1894), le mausolée de la famille Hériot (cimetière de La Boissière-École, 1901), la tombe Sassot (cimetière de Nogent-sur-Seine, 1907), la tombe d’André Laval (cimetière de Passy, 1913)... Il met sa maîtrise du nu féminin, drapé ou non, au service d’allégories figurant la douleur, le souvenir ou la postérité.

Après la Première guerre mondiale, son activité se réduit et porte essentiellement sur des monuments aux morts. Il les réalise avec la technique innovante du ciment à prise rapide, pour des communes auxquelles il est lié : Nogent-sur-Seine, Bouy-sur-Orvin, Aix-les-Bains, où il vit et travaille en alternance avec Paris depuis 1885, et, non loin de là, La Tour-du-Pin. Il reprend également la peinture qu’il avait délaissée depuis les années 1880, produisant des centaines de tableaux, essentiellement des paysages et des portraits. 

Monument aux enfants de l’Aube
Monument aux enfants de l’Aube © collection France Debuisson
Monument aux morts de Nogent-sur-Seine
Monument aux morts de Nogent-sur-Seine © Abril M. Barruecos
Le Lac du Bourget
Le Lac du Bourget © Musée Camille Claudel

Alfred Boucher décède le 17 août 1934 et il est inhumé au cimetière de Nogent-sur-Seine, dans la tombe qu’il avait lui-même sculptée pour son épouse en 1913.

Tombe Boucher au cimetière de Nogent-sur-Seine
Tombe Boucher au cimetière de Nogent-sur-Seine © Musée Camille Claudel

 

Les métamorphoses de l'idéal féminin

Durant la seconde moitié du XIXe siècle, le nu féminin était omniprésent en sculpture. Ce sujet était ancré dans une longue tradition : la recherche de la beauté idéale, caractérisée par une harmonie parfaite des proportions du corps, remonte à l’Antiquité. Ainsi, Alexandre Falguière s’est inspiré pour Ève naissante de l’Apollon Sauroctone (350 av. J.-C.), une sculpture attribuée au célèbre artiste grec Praxitèle. Au-delà de leur capacité à représenter l’anatomie, les calculs savants nécessaires pour déterminer les proportions reflétaient la supériorité intellectuelle des artistes. Cependant, dans le dernier quart du XIXe siècle, de nouveaux canons de beauté ont été reconnus et l’Antiquité n’était plus la seule norme. Paul Dubois s’est inspiré de la Renaissance florentine et germanique pour son Eve naissante tandis que Jules Dalou a proposé une étude naturaliste, sans recourir à l’idéalisation. Et les silhouettes longilignes d’Antoine Bourdelle sont proches des formes végétales avec lesquelles elles se confondent.

Salle 5
Salle 5 © Marco Illuminati
Salle 5
Salle 5 © Marco Illuminati
Salle 5
Salle 5 © Marco Illuminati

 

Œuvres exposées dans cette salle  

  • ALFRED BOUCHER (1850-1934), Volubilis, vers 1897, marbre, achat avec le soutien de l’État (Fonds national du patrimoine), de la Région Grand Est (Fonds régional d’acquisition pour les musées), du Département de l’Aube, des Amis du musée Camille Claudel et de Jean-Eudes Maccagno en 2022
  • PAUL RICHER (1849-1933), Tres in una, avant 1903, esquisse en plâtre, dépôt du musée d’Orsay, Paris, don de madame Richer et ses enfants en 1934
  • MARIUS RAMUS (1805-1888), Première pensée d’amour, 1845, plâtre, don d’Ernest Ramus en 1902
  • PAUL DUBOIS (1829-1905), Ève naissante, 1873, plâtre, don de monsieur Dubois fils en 1910
  • ALEXANDRE FALGUIÈRE (1831-1900), Ève, vers 1880, plâtre, dépôt du musée d’Orsay, Paris
  • JULES DALOU (1838-1902), Torse de femme, vers 1887-1889, étude pour la figure de L’Abondance du monument du Triomphe de la République commandé par la Ville de Paris, inauguré place de la Nation en 1879, plâtre, dépôt du musée des Arts décoratifs, Paris, don d’Henri Vever en 1905.
  • HENRI CHAPU (1833-1891), La Vérité, après 1890, édition en réduction d’après le monument à Gustave Flaubert inauguré à Rouen en 1890, bronze d’édition, fonte Thiébaut frères, achat en 2003
  • GEORGES LOISEAU-BAILLY (1858-1913), Chagrin ou Fille d’Ève, 1902, plâtre, don d’Alfred Boucher en 1913
  • ANTOINE BOURDELLE (1861-1929), L’Aurore (première version sans draperie), 1894, relief conçu pour la façade de la maison Michelet à Vélizy, bronze, fonte Susse frères, épreuve nº4, 1989, dépôt du musée Bourdelle, musée de la Ville de Paris
  • RAOUL LARCHE (1860-1912), Les Violettes, avant 1899, plâtre patiné, transfert de propriété de la ville de Coubron, 2021
  • ANTOINE BOURDELLE (1861-1929), Le Crépuscule, 1895, relief conçu pour la façade de la maison Michelet à Vélizy, bronze, fonte Susse frères, épreuve nº5, 1990, dépôt du musée Bourdelle, musée de la Ville de Paris

Paul Dubois, chef de file des Néo-Florentins


Salle 4

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les sculpteurs français achevaient encore leur formation en Italie. Ils n’y étudiaient plus seulement les modèles de l’Antiquité, mais avaient diversifié leurs sources d’inspiration. Henri Chapu, Alexandre Falguière et Paul Dubois, comme tant d’autres, ont visité Florence et se sont passionnés pour la Renaissance, en particulier les sculptures de Michel Ange et Donatello. Cette inspiration est très nette dans Narcisse de Paul Dubois (salle 3) ou son Saint Jean-Baptiste enfant. L’immense succès de Chanteur florentin du XVsiècle a conforté sa position comme chef de file des Néo-Florentins. Paradoxalement, cette inspiration du passé était alors perçue comme « moderne », car elle renouvelait les formes tout en restant fidèle à une époque faste de l’histoire de la sculpture. Le style néo-florentin se caractérise par le souci du détail, notamment dans les costumes, et des formes graciles et élégantes, qui répondaient au goût du public de l’époque.

Salle 4
Salle 4 © Marco Illuminati
Salle 4
Salle 4 © Marco Illuminati

 

Œuvres exposées dans cette salle   

 

  • PAUL DUBOIS (1829-1905), Figures d’angles du cénotaphe du général Louis Juchault de Lamoricière (1806-1865) érigé dans la cathédrale de Nantes en 1879, commandé à l’initiative du pape Pie IX en remerciement de sa contribution à la défense du SaintSiège menacé par les troupes de Garibaldi en 1860.
    La Charité, 1876, plâtre, don de Henriette Dubois en 1905.
    Le Courage militaire, 1876, plâtre, don de Henriette Dubois en 1905.
    La Foi ou La Prière, 1878, plâtre, don de Henriette Dubois en 1905.
    L’Étude ou La Méditation, 1878, plâtre, don de Henriette Dubois en 1905.
  • PAUL DUBOIS (1829-1905), Saint Jean-Baptiste enfant, 1861, bronze d’édition, réduction nº3, fonte F. Barbedienne, réduction mécanique A. Collas, achat avec la participation du Fonds régional d’acquisition pour les musées Champagne-Ardenne en 2002.
  • PAUL DUBOIS (1829-1905), Chanteur florentin du XVe siècle, 1865, bronze d’édition, réduction no1, fonte F. Barbedienne, réduction mécanique A. Collas, 1865, achat avec la participation du Fonds régional d’acquisition pour les musées Champagne-Ardenne en 1996.
  • RAOUL LARCHE (1860-1912), Le Soir de la vie, plâtre, rransfert de propriété par la Ville de Coubron en 2021.
  • ALFRED BOUCHER (1850-1934), Le Sculpteur florentin, 1883, bronze d’édition, fonte vraisemblable Siot-Decauville, 1888, achat en 2006.
  • AUGUSTIN MOREAU-VAUTHIER (1831-1893), Buste de jeune Florentin en costume du XVe siècle, vers 1892, bonze, ivoire, marbre, dépôt du musée des Arts décoratifs, Paris, don de la famille Moreau-Vauthier en 1934.

La sculpture dans l'espace public


Salle 3

Durant la seconde moitié du XIXe siècle, dans un contexte économique favorable, des travaux d’urbanisation de grande ampleur ont été entrepris en France. Les villes ont été agrandies, embellies et parées de nouveaux bâtiments.

Des fonds publics et privés étaient réunis pour commander aux artistes des monuments sculptés et orner ces espaces. Cette prolifération a été tellement importante qu’on parle de statuomanie. Des groupes allégoriques ou des statues en, hommage aux grands hommes se dressaient sur les places, dans les parcs et sur les façades. Le choix des sujets participait à la diffusion des valeurs de la société libérale et bourgeoise de la seconde moitié du XIXe siècle. Pour ce faire, les sculptures devaient être didactiques et le sujet compris de tous. Souvent, les décors sculptés des nouveaux bâtiments publics explicitaient leur fonction, comme Hippocrate et Hygie de Gabriel-Jules Thomas pour la faculté de Médecine de Paris ou L’Âge de pierre pour le Museum d’histoire naturelle.

 

Salle 3
Salle 3 © Marco Illuminati
 Salle 3
Salle 3 © Abril M. Barruecos
Salle 3
Salle 3 © Marco Illuminati
Salle 3
Salle 3 © Marco Illuminati
Salle 3
Salle 3 © Marco Illuminati

 

Œuvres exposées dans cette salle    

  • HENRI CHAPU (1833-1891), Jeanne d’Arc à Domremy, 1870, plâtre, dépôt du Centre national des arts plastiques
  • PAUL DUBOIS (1829-1905), Statue équestre de Jeanne d’Arc, 1889, modèle en plâtre de la statue érigée en 1896 par souscription, à l’initiative de l’Académie nationale de Reims, sur le parvis de la cathédrale de cette ville, don de Paul Dubois en 1902
  • PAUL DUBOIS (1829-1905), Esquisse pour le monument à Jeanne d'Arc, avant 1889, cire, achat avec le soutien de la Direction régionale des affaires culturelles du Grand Est et de la Région Grand Est, des Amis du musée Camille Claudel et de Jean-Eudes Maccagno en 2019
  • PAUL DUBOIS (1829-1905), Études pour la tête de Jeanne d’Arc, avant 1889, plâtre, don de Paul Dubois en 1902
  • PAUL DUBOIS (1829-1905), Le Souvenir ou L’Alsace et la Lorraine, 1899-1902, premier modèle en plâtre du groupe conçu comme une partie du Monument du génie de la France commandé par l’État. Seule partie du monument réalisée, le groupe a été érigé dans sa version définitive en 1910, place Saint-Jean, à Nancy (actuelle place André Maginot), don de Paul Dubois en 1902
  • PAUL DUBOIS (1829-1905), Sept esquisses pour Le Souvenir ou L’Alsace et la Lorraine, avant 1899, cire noire, textile, papier, base en bois, dépôts du musée d’Art et d’Archéologie de Troyes.
  • GABRIEL-JULES THOMAS (1824-1905), L’Âge de pierre ou Homme combattant un serpent, 1893, modèle en plâtre du groupe en bronze commandé par l’État pour la galerie de zoologie du Muséum d’histoire naturelle de Paris, don de madame Thomas en 1905
  • PAUL DUBOIS (1829-1905), Narcisse, 1862, modèle en plâtre avec marques de mise aux points, don de Henriette Dubois en 1905
  • RAOUL LARCHE (1860¬-1912), Jeanne d’Arc guerrière, avant 1909, modèle en plâtre de la statue commandée pour l’église de La Madeleine à Paris, transfert de propriété par la Ville de Coubron en 2021
  • ALFRED BOUCHER (1850-1934), L’Inspiration, avant 1900, modèle en plâtre en réduction du groupe monumental en pierre érigé en façade du Grand Palais, édifice construit à Paris pour l’Exposition universelle de 1900, don d’Alfred Boucher avant 1903
  • GABRIEL-JULES THOMAS (1824-1905), Hippocrate et Hygie, 1889, modèle en plâtre du groupe en marbre commandé par l’État pour le vestibule de l’Académie de médecine à Paris, don de madame Thomas en 1905
  • ALFRED BOUCHER (1850-1934), Monument du docteur Panas, avant 1905, modèle en plâtre avec marques de mise aux points, traduit en marbre pour le monument érigé à l’Hôtel-Dieu de Paris en 1905, en reconnaissance du service ophtalmologique créé par Photinos Panas (1832-1903), don d’Alfred Boucher en 1905
  • ALFRED BOUCHER (1850-1934), Monument du docteur Ollier, avant 1904, modèle en plâtre des deux monuments en bronze élevés grâce à une souscription internationale à Lyon en 1904 et aux Vans en 1905, en hommage au docteur Léopold Ollier (1830-1900) considéré comme le fondateur de la chirurgie orthopédique moderne, don d’Alfred Boucher en 1905